Auteur Commentaire
The Hard Un Baquet De Sang, c'est un ténébreux trésor amassé en cinq jours, valant quelques 50OOO dollars, et enfoui bien trop profondément dans les immenses flots de la filmographie de son géniteur pour être transporté en de vilaines mains (et c'est bien mieux ainsi). Un Baquet de Sang donc, c'est peu rassurant et c'est en noir et blanc. On pourra retenir de la photographie l'ambiance de certain lieux tel que l'appartement de Walter ou, grelottante, une ampoule suspendue au plafond confère l'éclairage parfait à la séquence. La tanière de notre homme semble etre la représentation directe de son univers, et de surcroit de sa santé mentale: rattachée à rien, au bord du vide, parsemée de zones d'ombres, et surtout pas très claire. Un Baquet De Sang, c'est aussi l'art du cadrage classique: minutieux et allant à l'essentiel, c'est dans la droite lignée de la trame. Enfin, doté d'un humour noir injecté dans chaque fait et geste d'une panoplie de personnages beatnikiens admirables de par leur crédibilité, on se croirait accoudé au comptoir à attendre not' bière. A ce propos, Corman et Griffith ont fréquentés quelques cafés de ce type là pour s'imprégner des figures les plus représentatives du genre. Julian Gordon, dans le rôle du poète, est à ce titre le plus emblématique. Ont-ils rencontré le même en réalité? Fort probable. Un Baquet De Sang, c'est aussi des meurtres - pour artistes - d'une réelle inventivité. Que ce soit un chat zigouillé dans l'mur ou un foulard étranglant le cou d'une mini-pin-up, ces derniers apportent du sang neuf au registre des homicides volontaires du cinéma. De plus, l'impression de déguster quelque chose de frais et de nouveau est non seulement excitante, mais tout autant décapante. En effet, Walter Paisley, poursuivi par une folie qui agira en sa faveur pour quelques temps seulement, fait un sacré nettoyage à sec autour de lui, dominant le film par une préstation juste et sobre. Oscillant entre le rôle du pantin, du looser, ou du fou près à tout, oui, en artiste de la mort, Dick Miller est le tueur parfait. Un Baquet De Sang, c'est surtout le chef-d'œuvre gringalet et timide qui n'osera jamais s'avancer devant son petit frêre «La petite boutique des horreurs», alors qu'il en a la carrure. Il traîne peut être un peu en longueur, mais a autant de gueule que lui. Un Baquet De Sang, oui, est un film qui est tout simplement plus modeste, et qui a tout de même su s'imposer comme l'une des références de la comédie horrifique si ce n'est comme un précurseur du genre. N'ayant pas beaucoup de moyens pour s'équiper d'artifices qui auraient pu lui nuire, tout s'est joué sur un ensemble parfaitement réglé, tout sauf superficiel, et ficelé comme un bon rôti. Bref, j'aime.
Commentaire : jeu. 28-05-09