Assassin's Creed cycle 1
Titre tome: Intégrale
Genre: Intégrales , Science-fiction
Année: 2013
Pays d'origine: France
Editeur: Les Deux Royaumes
Scénario:
Eric Corbeyran
Dessin:
Djillali Defali
Couleurs:
Alexis Sentenac
 

Les adaptations BD de license à succès sont rarement des exemples de réussite : sympathiques dans le meilleur des cas, médiocres et bâclées dans le pire. Loi du marché oblige pour ce qui ne reste, bien souvent, que des produits de marketing. Cette déclinaison "Assassin's Creed", célèbre série de jeux vidéos à l'esthétique remarquable et au postulat original, ne fera pas exception à la règle.
Commençons d'ailleurs par l'aspect graphique des albums : c'est indéniablement très laid. Le dessin de Defali est grossier, ses personnages simiesques (pauvre Lucy !) et mal proportionnés, ses décors bâclés et, pour ne rien arranger, le dessinateur - qui n'a pas les moyens de ses ambitions - s'essaie souvent à des perspectives audacieuses et se voulant dynamiques mais presque toujours ratées. Jusqu'alors, je considérais le travail d'Igor Kordey ("L'Histoire Secrète", "Les Trente Deniers") comme le plus vilain qu'il m'ait été donné de voir en BD. Je dirais que celui de Defali vient juste après. La mise en couleurs n'arrange rien, celles-ci étant fades et donc incapables de rendre l'ambiance chaude et bigarrée de Damas par exemple (pour le tome 1).
De toute manière, les scènes se déroulant dans le passé sont forts rares dans le premier album, celui-ci se concentrant bizarrement sur l'époque moderne et son design glacial et aseptisé. Plus dépaysants, les tomes 2 et 3 tentent de nous plonger dans les décors de France et d'Italie à l'époque de l'Empire Romain mais, là encore, le bât blesse : non seulement en raison d'un dessin fort limité mais surtout par une colorisation extrêmement sombre qui rendent beaucoup de scènes à peine "lisibles". Quant on a eu l'occasion de s'essayer aux jeux (notamment ceux de la "trilogie Ezio") et que, comme moi, on apprécie son univers, la claque fait d'autant plus mal.

Devant un tel gâchis sur le plan graphique, l'amateur et/ou le bédéphile espère au moins pouvoir se consoler par un scénario qui en rehausserait l'intérêt. Las !
Premièrement, soyons clairs : celui qui n'est pas familier des jeux d'Ubisoft risque fort d'être perdu dans une intrigue qui, surtout dans le premier tome, se révèle confuse et elliptique, égrenant des références que le néophyte sera bien en mal de comprendre ou de situer. Quant aux connaisseurs, ils ne goûteront probablement pas davantage une narration embrouillée aux péripéties hachées.
Mais le véritable problème de ces BD se situent encore ailleurs. Car il ne s'agit ni vraiment d'une adaptation stricto sensu des jeux, ni vraiment d'une nouvelle histoire avec des personnages différents (du moins pour l'époque contemporaine) ou d'une suite. Alors quézaco ?
Hé bien, c'est difficile à définir. Le terme "reboot" me vient à l'esprit, bien qu'il ne corresponde pas tout à fait à la réalité non plus. Plus concrètement, Corbeyran ajoute des scènes censées se situer entre celles des jeux (par exemple entre l'évasion de Desmond et Lucy d'Abstergo et leur installation à la villa Monterregiani, le scénariste nous gratifie d'un guet-apens des Templiers sur la route), en modifient d'autres (Aquilus, ancêtre de Desmond ? Rencontre entre Desmond et le sujet 16 ? Amourette naissante entre Desmond et Lucy ? Personnages supplémentaires dans l'équipe ? Autant de détails sans raccord avec les jeux).
Bref, niveau cohérence, c'est un beau foutoir pour le fan, qui ferait passer les libertés prises dans l'Univers Etendu de "Star Wars" (romans, BD, etc...) pour de petites entorses négligeables. Et si, à la rigueur, développer certaines zones d'ombre des jeux pouvaient être une idée intéressante, ce n'est ni des discussions insipides et sybillines entre Templiers modernes (en costards forcément noirs) ou celles non moins convenues des Assassins qui apportent quoique ce soit. On notera d'ailleurs des dialogues assez plats dans l'ensemble et, plus grave, l'emploi d'un vocabulaire anachronique pour les périodes historiques (depuis quand un romain de l'Antiquité connaît-il le mot "technologie" ?)

Au-delà de tous ses écueils, il reste donc l'histoire (originale... dans le sens d'inédite dans la saga) d'Aquilus et Accipiter qui viennent s'ajouter à la galerie des Assassins avec son lot d'intrigues, de trahisons, de missions, d'affrontement Assassin-Templier et une période de la conquête romaine qui a au moins le mérite d'être peu connue (le temps des invasions des Alamans, vers 259). Disons que ça se laisse lire sans (trop) d'ennui et l'on se met surtout à regretter qu'il n'existe pas un jeu AC dans ce contexte. Dommage, là encore, que Corbeyran se soit senti obligé d'y ajouter une histoire réchauffée d'artefact (la croix Ankh d'Isis) et de sa récupération probable, à l'époque contemporaine, au fond d'une épave de la Méditerranée (intrigue ésotérique vue et rerevue !).   
Commercial, vous avez dit commercial ? Sans nul doute. Entre un dessin laid et maladroit et le travail scénaristique d'un Corbeyran qui cachetonne sans souci de cohérence (il est vrai que le scénariste trop prolifique n'en est plus à une banalité près), "Assassin's Creed" version BD est un exemple édifiant supplémentaire de produit opportuniste mal fichu et pour tout dire sans grand intérêt, même pour un fan de la saga qui préférera de loin reprendre sa manette.
Requiescat in pace. Dans les profondeurs du 9iè Art de préférence.


Note : 4,5/10

Ragle Gumm

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