cara del terror, La
Genre: Horreur , Thriller , Epouvante , Science fiction
Année: 1962
Pays d'origine: Espagne
Réalisateur: Isidoro M. Ferry (I.M. Ferry)
Casting:
Lisa Gaye, Fernando Rey, Virgilio Texera, Conchita Cuetos, Gerard Tichy....
Aka: Face of Terror (USA)
 

En 1960 sort sur les écrans "Les Yeux sans visage" de George Franju. Un film qui reçoit à sa sortie un accueil mitigé d'un point de vue public, et partagé d'un point de vue critique. Les amateurs de récits fantastiques louent son audace et son originalité tandis que d'autres journalistes le conspuent pour son aspect chirurgical très macabre. Certains exploitants cessent même sa projection par crainte de heurter la sensibilité du public. C'est dire, malgré cette réception en demi-teinte, comment le film de Franju porte déjà en lui les germes de spectacles horrifiques plus contemporains, avant de devenir un classique incontournable de l'épouvante. À l'instar des "Diaboliques" de Clouzot, des succédanés des "Yeux sans visage" n'ont cessé d'être tournés ensuite, pour le pire et pour le meilleur. Finalement, les premiers à marcher sur les traces du chef-d’œuvre de George Franju sont d'origine espagnole. Dès 1962, Jesús Franco en réalise un remake avec "L'Horrible Docteur Orloff". Si le film de Franco a trouvé sa petite reconnaissance à ce jour, La cara del terror, sorti quelques mois après, est resté on ne peut plus confidentiel.

 

 

Certes, contrairement au Docteur Orloff, loin d'être si horrible qu'on le dit, La cara del terror n'est pas à proprement parler un remake. Il s'agit même d'un démarquage plutôt original. On y trouve bien un médecin-chirurgien (Le Dr.Taylor/Fernando Rey) ainsi qu'une femme défigurée (Norma Borden/Lisa Gaye) dont le visage, à demi-détruit lors d'un accident, va être reconstruit, mais, si les grandes lignes sont reprises, la trame bifurque de manière assez habile vers le récit d'une aliénation criminelle et s’inscrit dès lors dans le pur thriller. D’ailleurs, dès le début, la thématique n'est pas tant la chirurgie plastique en soi, mais plutôt le fait qu’elle serve d'aide psychologique à des patients d'un institut psychiatrique, victimes jadis d'accidents qui les ont brûlés ou amputés. La cara del terror commence par un refus du corps médical, quasiment un camouflet, puisque, lors d'une réunion interprofessionnelle, le Docteur Taylor expose son projet de reconstruction mentale, grâce à une chirurgie plastique préalable qui jusque-là a échoué. Contrairement au Dr Génessier du film de Franju, l'homme n'a rien d'un assassin et, malgré sa déception, reste à cheval sur la déontologie qui régit sa profession...

 

 

Il n'y a de fait aucun aspect passionnel dans son choix d'aider cette femme qui vient le voir à son cabinet. Elle n'est ni sa fille, ni sa femme, elle n'est qu'une anonyme qui n’a plus rien à perdre et qui parvient à le convaincre d'exercer ses dernières trouvailles, se proposant ainsi comme cobaye. Le chirurgien plasticien ne capte même pas que la jeune femme s'est échappée de l'institut psychiatrique après avoir entendu les propos tenus lors de la réunion évoquée. Bien entendu, voir venir de son plein gré une patiente qui lui permettra de prouver qu'il a raison est une aubaine, mais, dès que l'opération est finie et - presque - réussie, il devient une victime. La cara del terror reprend alors l’idée des greffons du Dr. Génessier/Brasseur qui se nécrosent et le contraignent à kidnapper de nouvelles jeunes femmes. Taylor n’a fait qu’une seule erreur technique : il a oublié que la température du corps humain, parfois fluctuante, pouvait altérer l'alliage dont il se sert à des fins de reconstruction. Du coup, cette "nouvelle peau" qui a tendance à se dessécher l'oblige à trouver un remède destiné à hydrater les lésions nouvelles. Mais là où Christiane Génessier (Édith Scob) restait une victime, quoiqu'au final, bourreau de son propre père, Norma Borden est une femme déséquilibrée et dangereuse qui, dès lors qu'elle échappe à son sauveur, dès lors qu'elle n'a plus d'antidote évitant à son visage de se détériorer à nouveau, devient ni plus ni moins une criminelle en puissance... et en liberté !

 

 

On doit cette drôle de variation à un certain Monroe Manning, américain d'origine, dont les implications cinématographiques laissent rêveur. Crédité comme réalisateur aux côtés de Monte Mann pour "The Touchables", on ne sait trop quelle y fut sa véritable implication. Idem finalement pour sa contribution à La cara del terror (sorti aux États-Unis sous le titre Face of Terror) vu qu'il n'est pas uniquement crédité comme scénariste mais aussi comme auteur de l'histoire originale. Vu sa provenance originelle, il est assez probable qu'il s'agisse de narcissisme plus que de créativité personnelle. On doit en tout cas au Monroe Manning scénariste des implications dans les scripts de feuilletons américains familiaux bien connus tels que "Lassie" ou "Flipper le dauphin". Sa présence explique peut-être pourquoi la version exploitée aux USA fut "rallongée" de quelques scènes de purs raccords tournées par le réalisateur William J. Hole Jr.. Rien d’assez notable ceci dit pour lui octroyer un quelconque crédit artistique, hormis dans une optique d'exhaustivité. L'homme reste avant tour le metteur en scène de 449 épisodes de l'incroyable soap-marathon "Peyton Place".

 

 

Le véritable responsable - dans l'ombre - de cette réalisation (aux contours si excessifs qu'elle arbore des allures mexicaines), n'est autre qu'un certain Isidoro M. Ferry. Assistant sur des œuvres telles que "Monsieur Arkadin", "Le Tour du monde en 80 jours" ou "Orgueil et passion" de Stanley Kramer, celui-ci demeure trop rare pour être perceptible. Quoi qu'il en soit, et dans la mesure où La cara del terror n'est qu'une commande dont il s'acquitte très honorablement, la mise en scène est tendue, alerte, gracieuse également, tenant toujours en éveil, jouant parfaitement sur les lieux et les contrastes. Elle est agrémentée d'une chouette partition signée José Buenagú (compositeur qui n'a "sévi" que deux années, entre 1962 et 1964) et de la belle photographie de José F. Aguayo, vieux briscard de la photographie d'origine madrilène ayant exercé son talent durant une demi-décennie). Quant aux acteurs, outre le toujours excellent Fernando Rey dont il est inutile d'énumérer l'immense filmographie, outre le psychovisionnesque Gérard Tichy (Le Manoir de la terreur, Superargo contre Diabolikus, 4 dollars de vengeance, Meurtres au soleil, La Corruption de Chris Miller, ...), Lisa Gaye - dont le personnage finit par devenir un équivalent de Irena Dubrovna (Simone Simon) dans La Féline de Jacques Tourneur - remplit largement son contrat.

 

 

Concluons en disant que La cara del terror est loin d'être le vilain petit canard "sans visage" et sans personnalité qu'on aurait pu prendre comme tel de prime abord.


Mallox

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