Mortis Junior 1 et 2
Genre: Fantastique , Humour , Comics , Macabre
Année: 2008
Pays d'origine: Etats-Unis
Editeur: Les Humanoïdes Associés
Scénario:
Gary Whitta
Dessin:
Ted Naifeh
Traduction:
Michel Pagel
 

 

C'est un fait : j'aime Naifeh.

Les aventures fantastiques et caustiques de sa petite Courtney Crumrin avaient déjà emporté toute mon adhésion et, même si pour Mortis Junior, le grand Ted ne signe pas les scénarios, on peut en tout cas y retrouver un univers très proche du sien, lorgnant à l'évidence du côté de certains films de Tim Burton (dans ce cas précis, je pense surtout à "Beetlejuice"). Même iconographie morbide, mais non mortifère pour le lecteur, même humour acide, même amour proclamé envers les freaks et les marginaux en général. Des ingrédients qui, chez certains "créateurs", sentent le truc opportuniste, la complaisance facile dans la mode goth et la pseudo-subversion, à l'image d'une "Emily the strange" par exemple.

Rien de tel chez cet auteur et certainement pas chez Courtney ou son "petit frère" - sinon de sang, en tout cas de coeur - Mortis Junior.

Ce groupe de "monstruosités" nous vaut une savoureuse galerie de personnages aussi décalés dans leur apparence que dans leur personnalité : à commencer par la craquante petite Pandore, souffrant de l'obsession-compulsion d'ouvrir tout ce qui peut ressembler à une boîte (jolie idée, qui d'ailleurs joue un rôle important dans le premier tome), l'étrange bébé misanthrope au nombril bouchonné enfermé dans son bocal, Marty la fille à l'aspect souffreteux arborant des stigmates, les frères siamois dont l'un est un génie. Tous attachants à leur manière, tous écartés de la vie des gens "normaux" engoncés dans leurs préjugés. Pour preuve de cette marginalisation : l'école a mis à disposition de nos six freaks un petit bus scolaire pour ne pas les mélanger avec les autres élèves du bahut.

Heureusement, l'union fait la force et rend surtout le quotidien moins pénible.

Celui de Mortis Junior, en particulier, est finalement assez commun : fils de la mort ou pas, il mène pourtant l'existence d'un enfant presque comme les autres, va à l'école, fait ses devoirs, s'interroge sur ce qui l'entoure et attend patiemment de prendre la place de papa et de manier la grande faucheuse accrochée dans le bureau paternel. Mais ce n'est pas pour tout de suite : le travail de son père est une affaire sérieuse et on ne devient pas la Camarde d'un simple claquement d'osselets.

 

 

 

Le premier tome, "La rentrée qui tue", introduit donc le lecteur dans l'univers et le quotidien de Mortis par de petites scènes amusantes et inventives qui font pour moi tout le piment de cette oeuvre, encore rehaussée par des dialogues piquants qui jouent sur le contraste entre personnages et situations extraordinaires et la banalité avec laquelle elles sont évoquées. Ainsi lorsque la petite Pandore dit à Mortis : "ton père est carrément génial. Il me rappelle un peu une pochette d'album de heavy métal. Je voudrais bien que mon père sache aussi bien se fringuer. J'arrête pas de lui dire que le noir revient à la mode". Un peu prévisible, peut-être, mais néanmoins accrocheur et surtout amené avec une désinvolture désarmante.

S'ensuit vers le milieu du volume, à cause de la curiosité pathologique de Pandore, une histoire classique, mais menée avec énergie et sans temps morts (oui...bon... bref...) de libération d'une entité démoniaque qui pourrissait jusqu'alors dans un musée et dont le dessein est bien entendu de dominer le monde. Mais papounet Dead, son fiston et le club des cinq freaks feront tout pour la renvoyer au terminus des prétentieux.

Un titre prometteur qui se lit avec beaucoup de plaisir.

 

 

Avec le second tome, "L'été meurtrier", le tandem ne démérite pas. Aussi drôle, mais plus provocant, plus délirant, plus satirique aussi et surtout assez différent du premier pour éviter une impression de déjà lu.

Pourtant, dès le départ, on regrette que Mortis soit séparé de ses cinq amis : en effet, avec l'arrivée des vacances d'été, le petit groupe prend ses quartiers dans une colo tandis que Mortis, sous la demande de son père, va commencer son apprentissage au sein de l'entreprise paternel. Car nous apprenons dans ce tome que la mort est une entreprise, une grosse entreprise (qui ne connaît pas la crise, refrain connu) et que papa en est évidemment le PDG.

Pendant ce temps, Pandore et Cie ne sont guère plus à la fête : la colonie de vacances se révèle être en réalité un vrai bagne avec travaux forcés. Cet épisode n'est pas sans rappeler Les valeurs de la famille Addams, quand Wendesday et Purdey se retrouvent dans un camp scout passablement réactionnaire. Même charge évidente contre les institutions et l'image d'une société concentrationnaire adepte du formatage.

L'histoire se précipite lorsque, manipulé par un bureaucrate malveillant et revanchard, Mortis est bien malgré lui complice de l'éviction de son père à la tête de l'entreprise. La Mort se retrouve au chômage, reléguée à regarder des sitcoms à la télé et s'occuper des tâches ménagères. Une situation plutôt dérangeante. Mais hilarante pour le lecteur.

Ne reste plus alors qu'à redresser la situation et tenter de bouter l'usurpateur avec l'aide d'une Pandore venue à la rescousse, mais surtout de vieux potes à papa qui ne sont autres que les Cavaliers de l'Apocalypse.

L'album est à la hauteur de l'aperçu rocambolesque de ce résumé et les situations facétieuses s'enchaînent, ainsi que les références incongrues, comme le parallèle fait entre les Quatre Cavaliers et les Fab Four. Le rapport père-fils est également un peu plus développé et plus touchant.

Un détail curieux, toutefois : le titre de l'album et sa couverture n'ont pas de rapport avec son contenu.

Deux albums très recommandables pour amateurs d'humour noir, que j'ai préféré chroniquer en même temps, car j'ignore si le duo a prévu de continuer l'aventure (le tome 2 en VO date tout de même de 2003) ou bien si l'affaire Mortis Junior est définitivement enterrée.

Dans ce cas, autant faire une chronique "en pack de deux" pour en rassembler les beaux restes.

 

Note : 8.5 / 10

 

Vorpalin

 

A propos de ce comics :

 

- Site de Ted Naifeh : http://tednaifeh.com/

- Site de l'éditeur : http://www.humano.com/

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