Controfigura, La
Genre: Giallo
Année: 1971
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Romolo Guerrieri
Casting:
Jean sorel, Lucia Bosé, Ewa Aulin, Silvano Tranquilli, Sergio Doria, Antonio Pierfederici, Marilù Tolo, Giacomo Rossi Stuart, Bruno Boschetti, Pupo De Luca...
Aka: La Contre-image (trad littérale) / (Love Inferno - RFA) / The Double (titre anglais) / La contrafigura (Espagne) / Paraxenos erotismos (Grèce)
 

Un soir, en rentrant chez lui, l'architecte Giovanni est abattu par un mystérieux inconnu dans le parking de son immeuble. Entre les détonations a priori fatales de son agresseur, Giovanni, blessé à plusieurs reprises et probablement agonisant, revit le drame qui l'a mené à se faire tirer dessus à bout portant, reprenant à l'envers une spirale infernale l'ayant semble-t-il amené jusqu'à se faire tuer...

 

 

Le début augure le pire. Au générique qui ferait presque passer une vieille Citroën pour une soucoupe volante, s'ensuit une intrigante scène dans un parking : notre héros croise le regard d'un homme à demi-caché derrière un pilier. Un homme qui lui tire dessus peu après. Durant cette scène vient s'immiscer un flash-back où l'on voit ce même homme dans une cuisine. Juste après, durant la chute de la victime, au ralenti, défilent des images de sa vie. Des femmes, un homme derrière un filet de pêche, des questions autrefois posées ("êtes-vous communiste ?"), l'appel d'une certaine Nora puis la découverte d'un cadavre, tué en plein coeur d'un coup de pistolet. Un cadavre que l'on retrouve vivant le plan d'après, sortant des vagues et devant lequel l'amie de Jean Sorel semble s'extasier, peut-être pour défier son amant. La suite nous montre le couple en train d'effectuer un ballet aquatique, la caméra épousant les formes de l'actrice Ewa Aulin.
Dès lors, on sait qu'on recollera les morceaux d'un puzzle, petit à petit et que, si l'on tient l'aboutissant (la probable mort de Giovanni/Jean Sorel), les tenants tout comme les identités nous seront distillés au compte-goutte. Un parti-pris très risqué et qui d'entrée ne convainc pas. D'une part, ce vieil homme (Antonio Pierfederici) semble si hésitant qu'il tire nombre de balles à côtés, transpirant, tremblant ; d'autre part, outre que la mise en scène semble répondre à des critères arty très empesés d'époque, le laps de temps et l'agonie du personnage principal nous rappellent combien distendre le temps, en plus de le remonter, est un exercice cinématographique ardu.

 

 

Tout cela se voit hélas non seulement corroboré par la suite mais qui plus est souligné par la jolie et très lounge partition d'Armando Trovajoli. L'harmonie de ces éléments accolés peut au mieux parvenir à emballer de manière planante et hypnotique, au pire ne distiller qu'ennui. Las, c'est la seconde possibilité qui ici l'emporte trop souvent, et la belle musique évoquée juste avant finit par devenir aussi envahissante que les interminables intermèdes amoureux mis en scènes, lesquels plombent une intrigue criminelle qui s'avèrera au final pourtant mieux ficelée qu'on ne l'eut cru. Des intermèdes qui semblent donc prendre le dessus trop fréquemment et trop longtemps sur les faits assassins et, durant la première demi-heure, l'on se réveille, par à-coups, comme après une tape sur l'épaule nous rappelant les vraies motivations sous-jacentes. Quant à toute cette histoire illustrée, amour, infidélité et jalousie le disputent à de trop rares découvertes macabres, le tout sur fond d'exotisme marocain et d'extases féminines sur un bellâtre de plage du nom d'Eddie Cannon (Sergio Doria).


Bien sûr, le séjour touristique est émaillé/épicé de rencontres : d'abord ce couple constitué de Roger et Marie (Silvano Tranquilli et Marilu Tolo) qui, l'air de rien et sournoisement, met à mal le "possessisme" de Giovanni, d'autant que ce dernier reçoit des avances de Marie. Des avances qu'il refuse en jetant à terre son briquet qui aurait dû servir à allumer la cigarette de Marie et, par ce geste, signifie son conservatisme tout en ne se rendant peut-être pas compte des implications de ce retour méprisant. Et puis, l'arrivée impromptue de Nora (Lucia Bosé), la mère de Lucia (Ewa Aulin). Si je vous dis que cette dernière et Giovanni se connaissent déjà très bien, vous me dites : "nouveau flash-back ?"... et oui ! Et l'on rembobine ainsi par rebonds en faisant des allers-retours jusqu'à l'ultime révélation.

 

 

Inutile de préciser qu'on nage en plein giallo machination et que Romolo Guerrieri rempile dans le genre pour une histoire bien plus proche de ce qu'il avait fait avec Il dolce corpo di Deborah deux ans avant que du giallo moderne, celui immiscé par Dario Argento avec L'oiseau au plumage de cristal dans lequel les morts deviennent alors des objets fétichistes sensuels et quasi-sexuels. Un genre qui a déjà vu et verra passer moult protagonistes bourgeois aux métiers tirant sur l'oisiveté ô combien arrangeante pour nos scénaristes. Ici un architecte, riche qui plus est, et qui n'a pas besoin de son métier pour vivre car entretenu par papa (c'est là qu'on se dit qu'on a bien fait de lui tirer dessus en début de bobine, sans compter que le pauvre a trop de temps pour penser, d'où son "propriétarisme" envers son épouse, le menant jusqu'à la suspicion permanente). Pas gonflé le Giovanni, puisqu'il ne résistera pas à séduire la mère avant de devenir une fois de plus jaloux d'Eddie, le fameux hippie de la plage marocaine semblant posséder un fort magnétisme sur la gent féminine.


Le problème de ce genre de productions, outre son nombre de films presque copiés/collés, demeure qu'au-delà de l'étude de moeurs de la bourgeoisie de l'époque, les surprises se font rares. Du coup, dès qu'un réalisateur reste à la superficie des caractères et de ces mêmes mœurs, se contentant de filmer des gens désoeuvrés de façon plus moins chiadée mais en souhaitant faire passer l'ensemble pour une critique de ce petit monde mis en scène, on nage non seulement en plein paradoxe mais aussi et surtout dans la banalité. Ce n'est pas le personnage de Giovanni, se voulant révolutionnaire communiste mais demeurant engoncé dans ses idées réactionnaires, qui relève ici le niveau de la critique, voire de la satire sociale. A la limite, le message asséné pourra paraître bien lourd à force. Seule une issue plus gay que prévue pourra prendre à contrepied.

 

 

Dans la seconde partie de La Controfigura, la cristallisation débouchant sur la fascination puis l'obsession de Giovanni pour Nora, le fait qu'il la cherche puis pense l'entrevoir partout paye son petit tribu au "Vertigo" d'Hitchcock. Mais tout cela semble bien répétitif à la longue. La sauce ne prend pas et le film se repose trop sur le talent et les épaules de son acteur principal. A propos de ce dernier, si son rôle de mort-clinique dans La Corta Notte delle Bambole di Vetro vous a épuisé, inutile de vous préciser qu'il vaut mieux que vous l'évitiez dans le rôle d'un type agonisant durant 90 minutes. D'autant que la mise en scène de Guerrieri n'a pas ici ni la vigueur ampoulée, ni la maitrise vénéneuse du film d'Aldo Lado.


Bien entendu, c'est l'histoire narrée au passé qui prime et qui détient les clés ouvrant les portes du vice. Il y a bien une séquence sous-marine avec un meurtre au fusil-harpon, un homme pris pour cible au fusil à longue-portée (deux séquences fantasmées peu convaincantes), un cadavre, victime toute désignée de Giovanni que celui-ci finit par cacher pour protéger celle qui l'hypnotise et qu'il croit coupable, un futur et énigmatique assassin croisé dans un immeuble, ainsi qu'une tentative louable d'instiller globalement un véritable mystère ; pourtant, ces éléments sont régulièrement noyés dans la convention.

 

 

Adapté d'un livre de Libero Bigaretti qui reçut le prix Viareggio en 1968 et fut même publié en France, en 1972, aux Éditions Denoël, le scénario est dû en grande partie à Sauro Scavolini. Ce dernier, qui livrera juste après un étonnant Amore e morte nel giardino degli dei, est aussi un scénariste rompu au genre qui collabora avec Ernesto Gastaldi sur plusieurs films de Sergio Martino ("La queue du scorpion", Toutes les couleurs du vice, Ton vice est une chambre close dont moi seul ai la clé). Il est aidé ici de Sandro Continenza (L'Iguane à la langue de feu, 7 Murders for Scotland Yard mais aussi Le massacre des morts-vivants).


A la mise en scène on retrouve donc Romolo Guerrieri, dont le talent est souvent minoré. En témoignent quelques réussites jalonnant sa carrière : "Johnny Yuma" et Le temps des vautours sont deux westerns honorables et ses poliziesco (Exécutions, La police au service du citoyen, "Un homme, une ville", Jeunes, désespérés, violents) valent largement le détour. Bien sûr, comme nombre de réalisateurs italiens, sa fin de carrière sera signe de médiocrité (L'ultimo guerriero) mais le plus étonnant demeure son manque de véritable audace dans le genre giallo. Non pas que La Controfigura soit honteux, il serait même au-dessus de la moyenne du sous-genre machination, juste qu'il peine à se distinguer d'un lot conséquent de bobines où les mêmes sentiers sont empruntés jusqu'à l'embourbement. Soit, à son crédit, en plus de déstructurer le récit et de malmener son personnage principal, il se montre astucieux par moments. Mais par moments seulement...

 

 

Outre Jean Sorel, figure quasi emblématique du thriller-machination (Perversion Story, Paranoia, Le Venin de la Peur, El ojo del huracán en plus d'autres déjà mentionnés) on retrouve quelques seconds rôles bien connus. Rayon femmes, d'abord celle par qui le drame surgit, Lucia Bosé, vue la même année dans Qualcosa striscia nel buio et fréquentant plus souvent le film d'auteur (Fellini, Bolognini, les frères Taviani) que les chemins de l'exploitation. On la reverra toutefois mise en avant dans "Ceremonia sangrienta" de Jorge Grau mais aussi le "Arcana" de Giulio Questi. Ensuite, une Ewa Aulin, interprète du même Questi pour La Mort a pondu un oeuf, puis présente dans des oeuvres telles que Quando l'amore è sensualità de Vittorio de Sisti ou La Morte ha sorriso all’assassino d'Aristide Massacesi alias Joe D’Amato. À propos de Questi, on note la forte présence de Marilù Tolo, plus en retrait ici que dans l'excellent Tire encore si tu peux ; une actrice que chacun connait et qui jouait la même année dans un giallo bien plus solide que celui-ci : le Folie Meurtrière de Tonino Valerii. Rayon hommes, on peut encore mentionner les présences de Silvano Tranquilli (Un papillon aux ailes ensanglantées, La Tarentule au ventre noir, La Peur au Ventre, Il sorriso della iena) et celle, plus anecdotique, de Giacomo Rossi Stuart, acteur plutôt fidèle au genre (L'Assassin fantôme, The Night Evelyn came out of the Grave, Crimes of the Black Cat, auxquels on peut ajouter le très british et très Murder party Concerto per pistola solista).

 

 

 

Mallox

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