Abus de pouvoir
Titre original: Abuso di potere
Genre: Poliziesco
Année: 1972
Pays d'origine: Italie / France / RFA
Réalisateur: Camillo Bazzoni
Casting:
Frederick Stafford, Claudio Gora, Marilù Tolo, Franco Fabrizi, Raymond Pellegrin, Umberto Orsini, Judy Winter...
 

À Palerme, le journaliste Enrico Gagliardi (Umberto Orsini) est assassiné ; le commissaire Luca Miceli (Frederick Stafford), habitué à utiliser des manières expéditives, est appelé à mener l'enquête. Vingt-quatre heures après l'embuscade meurtrière, Miceli reçoit via un coup de téléphone anonyme une dénonciation qui le conduit au coupable présumé. Il obtient des aveux et le motif du crime semble être établi. Cependant, tout semble trop bien huilé, trop facile, du coup Miceli reste sceptique et décide de poursuivre malgré tout son enquête. Il décide de se prêter au jeu de Simona (Marilù Tolo), une connaissance de Gagliardi qui, en plus d'être loquace, semble en savoir beaucoup, trop. Bref, en faisant le tri dans les informations récoltées, Miceli va peut-être parvenir à trouver le véritable coupable...

 

 

Certains rangent Abuso di potere dans le genre giallo. Pourquoi pas après tout puisque l'enquête étant sujette à manipulation, le "poulet" se voit transformé en dindon de la farce ! Ceci étant, on peut également trouver cette catégorisation un peu capillotractée et tenant plus de sa source littéraire (un roman écrit par Felisatti et Pittorru, auteurs spécialisés dans le genre et régulièrement édités chez Mondatori). Mais peu importe...

Quant aux frères Bazzoni, il ne faut pas confondre l'aîné (Luigi Bazzoni / Journée noire pour un bélier) avec l'auteur de ce poliziesco très honorable, Camillo, plus classique que son frangin, et ce bien qu'ils aient bossé ensemble (Camillo était par exemple directeur de la photo sur L'Homme, l'orgueil et la vengeance de Luigi).

Après "L'Évadé de Yuma" un western spaghetti pas déplaisant quoiqu’un peu anonyme, mettant en avant Steve Reeves, Camillo fait jouer Aldo Ray dans une médiocre aventure guerrière surfant sur un genre qui a alors le vent en poupe, notamment après le succès des "12 Salopards". Il réalisera un autre poliziesco juste après : "C'est la loi des Siciliens" avec Antonio Sabato. Après quoi, Camillo Bazzoni quittera la mise en scène de manière non honteuse (scénariste du Clan des Calabrais) pour se consacrer uniquement, dès le début des années 80, à la direction de la photographie pour un cinéma plus classique mais qui ne lui réussira pas moins ("La Rue des miroirs" avec Nicole Garcia et Heinz Bennent, "Pourvu que ce soit une fille" de Mario Monicelli, "La Bonne" de Salvatore Samperi ou encore "Je croyais que c'était de l'amour" de et avec Massimo Troisi).

 

 

Outre une mise en scène sèche et nerveuse qui sied parfaitement au genre, le casting de Abus de pouvoir est aux petits oignons. Il fait beaucoup pour sa réussite malgré qu'aucun nom prestigieux n'émerge. Si Umberto Orsini ouvre le bal (bien que son temps de présence à l'écran fasse office de prélude), Frederick Stafford (Friedrich Strobel von Stein à la ville) ne démérite en rien dans un rôle de policier irascible. C'est un acteur qui s'est vu sous-estimé par la force des choses : une carrière courte avec la série des OSS 117, deux ou trois films de guerre d'un intérêt modeste ("La Gloire des canailles" d'Alberto De Martino /"Sur ordres du Führer" d'Enzo G. Castellari / "La Bataille de El Alamein" de Giorgio Ferroni) et un Hitchcock raté et emmerdant ("L'Étau"). Finalement, c'est à se demander si l'acteur ne s'est pas émancipé grâce à cet Abus de pouvoir. Il s'y montre plus charismatique qu'à l'usuel et ce sera du reste encore le cas l'année suivante avec "Meurtres à Rome", polar giallesque dans lequel il retrouve d'ailleurs Claude Jade (déjà présente dans "L'Étau") mais aussi Femi Benussi. De même dans le plutôt emballant Hold-Up de Germán Lorente.

 

 

Parmi les visages connus, impossible de ne pas remarquer Raymond Pellegrin dont la carrière rebondit alors contractuellement en Italie (trouvant du coup un "Deuxième souffle") dès 1969 avec Liens d'amour et de sang de Lucio Fulci. Il deviendra même, après Abus de pouvoir un second couteau emblématique du poliziesco, enchaînant "Les Tueurs à gages" de Pasquale Squitieri, "Salut les pourris" de Fernando Di Leo, "Un flic hors la loi" d'Umberto Lenzi, et côtoiera de très près l'égérie moustachue du genre, Maurizio Merli, dans Opération Jaguar. Il y en aurait quelques autres à citer mais faisons un peu de place à Marilù Tolo qui parvient à se faire une place dans ce monde de brutes et d'enculés de première. Peu rompue au néo-polar, on peut tout de même citer ses contributions au genre giallo avec La Controfigura ou Folie meurtrière, ainsi que dans l'excellent Confession d'un commissaire de police au procureur de la république de Damiano Damiani, sans oublier de rappeler que sa carrière est passée par chez Docteur Fulci puisque son premier rôle fut dans Urlatori alla sbarra, un musicarello (seul et unique genre que Fulci peut se targuer d'avoir lancé, ce qui n'est déjà pas mal !). On ne va pas spéculer sans fin sur le générique mais citons tout de même l'immanquable et toujours parfait Corrado Gaipa. Sitôt sa carrière commencée - à l'âge de 45 ans - il est impossible d'oublier son visage et, plus largement, sa présence, quelle que soit la qualité du film. De "Drame de la jalousie" au médiocre L'uomo dagli occhi di ghiaccio, de Folie meurtrière à "Société anonyme anti-crime", du "Parrain" (on peut dire qu'il appartient à la famille !) à celui-ci en passant par la case Fulci (Obsédé malgré lui) pour atterrir parfois dans des gialli naveteux (Vizi morbosi di una governante), il fait partie de ces acteurs de seconds plans auxquels, à l'instar d'un Jean Bouise en France, il convient de rendre hommage de temps à autre.

 

 

Le début fait penser au "Samouraï" de Melville, ambiance bar lounge aidant et puis, très vite, on se retrouve ailleurs mais en terrain plus connu encore, celui des enquêtes menées par un homme que rien n'arrête mais qui se retrouve en terrain vicié : mafieux aux bras longs, supérieurs véreux, politiciens et notables impliqués. L'ensemble, tout comme chez Damiano Damiani ou Francesco Rosi est encore sujet à un pessimisme foncier. Des éléments qui vont se chevaucher entre le film à thèse régulièrement désabusé, voire pessimiste, et les codes, plus expéditifs et solutionnistes du poliziesco qui lui succèdera. Ainsi, il n'est pas interdit de penser que Abuso di potere est une sorte d'entre-deux, une sorte de passerelle finalement : une oeuvre à la fois musclée et dénonciatrice, répondant aux codes de l'enquête policière classique. Finalement, le film oscille entre la charge et l’aspect vigilante désillusionné. En cela, il a le mérite de précéder des œuvres de qualité ou, plus précisément d’en porter les germes : la fin de Italia a mano armata lui ressemblera à sa manière, de même que ce qui reste l'un des modèles du genre, le superbe "Cadavres exquis" de Francesco Rosi. En cela - et c'est étonnant - Abus de pouvoir, sans être un grand néo-polar, peut se targuer d'avoir su devancer certains classiques avec rigueur. Ajoutons encore qu'il est bien accompagné par une musique aussi lancinante que mélancolique signée Riz Ortolani. Pour conclure : Abuso di potere manque probablement de fureur et "d'abus", mais il n'est jamais ennuyant pour autant et mériterait d'être redécouvert puis réhabilité.
À noter enfin, pour l'anecdote, qu'Enzo D'Ambrosio, producteur dudit film, fait une brève apparition dans la scène finale, invité sur le bateau du juge Dalò, joué par Raymond Pellegrin.

 

 

Mallox

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