Color of Night
Genre: Thriller
Année: 1994
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Richard Rush
Casting:
Bruce Willis, Brad Dourif, Kevin J.O'Connor, Lance Henriksen, Lesley Ann Warren, Scott Bakula...
 

Le psychiatre Bill Capa renonce à exercer son métier après avoir involontairement poussé une de ces clientes au suicide. Désireux d'en finir avec la culpabilité qu'il éprouve suite à cette tragédie, il rend visite à un ancien collègue, Bob Moore, qui est assassiné aussitôt. L'enquête pour retrouver l'assassin se concentre sur cinq des anciens patients de Moore les plus dérangés. De son côté, Capa succombe au charme de la mystérieuse Rose. Mais cette relation, qui semblait anecdotique, prend peu à peu une importance cruciale.

 

 

1992 - "Basic Instinct" et la toison de Sharon Stone font sauter les braguettes de nombreux spectateurs américains et raflent le jackpot au box office. Il n'en faut pas plus pour qu'une vague de thrillers érotiques débarque sur les écrans. Andrew G. Vajna, l'un des producteurs de "Basic Instinct", à la recherche d'un succès pour sa nouvelle société "Cinergi Pictures", se dit qu'il pourrait lui aussi profiter des retombées de son propre film et décide de mettre en chantier son propre thriller érotique. Cela aurait pu donner quelque chose d'intéressant si le film était basé sur un scénario un tant soit peu original, ce qui n'est pas le cas !

En effet, en un peu plus de deux heures de métrage, nous avons droit à un véritable décalquage en règle de tout ce qui avait pu avoir du succès à cette époque. Avec un démarrage en fanfare : un double hommage/ pompage à David Lynch et Hitchcock, références presque incontournables dans ce genre de film !

 

 

Une femme se peinturlure les lèvres de lipstick rouge tel un clown, puis commence à pratiquer fébrilement une fellation au canon du pistolet qu'elle venait de se mettre dans la bouche. On apprend alors que la pauvre est une patiente du brave Dr Capa (alias B. Willis). Lors de sa séance, cette dernière ne trouve rien de mieux que de faire un magnifique saut de l'ange, pour ensuite s'écraser sur le bitume quelques étages plus bas, le tout dans une belle mare de sang. Ce qui va provoquer dans le subconscient de son psychanalyste, témoin de la scène, l'effacement de la couleur rouge (idée intéressante et très mal exploitée). Pour se remettre de ses émotions, le brave docteur se voit invité chez l'un de ses amis, le docteur Bob Moore, lui aussi praticien, une invitation qui est loin d'être aussi altruiste qu'elle en à l'air.
Car le confrère et non moins ami semble être la cible d'un belliqueux inconnu. Dès son arrivée, le Dr Moore présente son ami à un groupe de cinq patients et lui fait part de ses soupçons. Selon lui, son mystérieux harceleur se trouve parmi eux. Mais le pauvre Moore se fera assassiner de manière brutale (scène qui semble tirée d'un mauvais giallo) avant de pouvoir découvrir la vérité. Capa / Willis décide alors de remplacer son ami et de continuer les séances tout en menant sa propre enquête.

 

 

Le fameux groupe est composé de multiples névrosés interprétés par une savoureuse brochette de spécialistes des seconds rôles et des films d'exploitation. Ainsi, Brad Dourif (la voix de "Chucky", "Body Parts"...) est un maniaque obsessionnel et compulsif de la propreté et du rangement ; Kevin J. O'Connor (acteur fétiche de Stephen Sommers) un riche héritier qui se prend pour un peintre (et adepte du SM) ; Lance Henricksen ("Millénium"...) est un ex flic qui se remet mal de la mort de sa famille ; Lesley Ann Warren ("Cop", la série "Mission Impossible") est une riche nymphomane bisexuelle qui a dépassé la date de péremption ; et le dernier est un certain Richie, jeune homme timide et sexuellement traumatisé. Il s'agit simplement, en fait, de Jane March, grimée de façon ridicule en garçon et qui ressemble plutôt à un énorme castor. C'est tellement évident pour celui qui a vu deux films policiers dans sa vie que je ne révèle ici aucune information importante. A signaler aussi la présence de l'acteur Scott Bakula, héros de la célèbre série "Code Quantum", et qui s'essaya, en vain, à une petite carrière cinéma (Lord of Illusions) avant de prendre les commandes du vaisseau "Enterprise".

 

En bon thriller érotique de mauvais goût, le film de Richard Rush se devait donc d'avoir lui aussi son "gimmick érotique "pour rivaliser avec le minou de Sharon Stone. On aperçoit donc pendant quelques secondes (dans la version uncut) le bigoudi de Bruce Willis flotter gracieusement comme un étron dans la piscine, la pauvre Jane March se le prenant même dans l'oeil (heureusement il est tout petit... l'eau froide sans doute !). L'intérêt d'une telle séquence, à part le fait de faire parler, est très limité.

 

 

Et si le but était d'attirer un public féminin, c'est raté, Bruce Willis ayant plus de succès auprès des hommes. De plus, les femmes ne sont guère attirées par ce genre de produit racoleur ; bref... encore une bonne mauvaise idée dont Hollywood à le secret. De plus, la scène incriminée ne durant que quelques secondes, il faut bien combler les deux heures qui restent. C'est là qu'intervient Jane March, qui va se faire un devoir d'apparaître nue une scène sur deux. Le cahier des charges érotique étant rempli, le script ajoute alors quelques scènes d'angoisse et d'action. C'est donc au tour de Capa / Bruce Willis de subir les menaces et intimidations d'un mystérieux agresseur : un serpent dans la boite aux lettres, une petite poursuite en voiture rouge avec tentative de meurtre via une auto tamponneuse... Mais ce ne sont pas ces petits détails qui vont interférer dans son enquête, qu'il mène vaillamment entre deux saillies sauvages. Ainsi, il va se rendre compte que chacun de ses patients semble avoir rencontré l'âme soeur, qui bien évidemment va s'avérer être une seule et même personne (devinez qui !). De plus, le brave docteur va découvrir que Rose et son mystérieux frangin ont été dans leur jeunesse les victimes d'un de ses confrères, qui fut mêlé à une sordide histoire de pédophilie (je vous l'avais dit, ça part dans tous les sens !).

 

Le réalisateur semble être aux abonnés absents. D'après la rumeur Richard Rush, qui avait pourtant fait bonne impression avec son "Stunt Man", aurait quitté le film lors du tournage, et c'est George Pan Cosmatos qui fut appelé à la rescousse pour finaliser la chose et imaginer une fin plausible (mais complètement bâclée). Il n'y a donc aucune direction d'acteurs, tout le monde semble en roue libre. Bruce Willis nous offre une pitoyable imitation de lui-même, et Jane March est sûrement l'une des plus mauvaises actrices contemporaines ; elle a cependant la particularité d'aborder la nudité avec un naturel déconcertant, au point que même son jeu d'actrice s'améliore. On ne peut d'ailleurs s'empêcher de penser que cette fille est passée à côté d'une belle carrière dans le porno. Le reste du casting cabotine au gré de son humeur et de son cachet, avec quand même une mention spéciale pour Brad Dourif et Lesley Ann Warren, qui font un peu plus que le minimum syndical exigé, à moins qu'ils soient réellement cintrés !

 

 

Color of Night est avant tout un film de producteur conçu et pensé uniquement en termes de rentabilité. Le résultat est une chose protéiforme, un amas de séquences vulgaires, racoleuses et ineptes. Il n'y a aucun doute, nous sommes en présence d'un beau et incroyable navet, un film malade qui,à force de vouloir manger à tous les râteliers, en devient carrément génial. Evidemment, le film s'est ramassé au box office mais, comme beaucoup d'oeuvres dégénérées, il a trouvé son public en vidéo. C'est un plaisir coupable, une ineptie filmique, un film bâtard, résultat de l'accouplement contre nature d'un porno "soft "et d'un mauvais giallo.

 

The Omega Man

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