Vengeance du serpent jaune, La
Titre original: Der Fluch der gelben Schlange
Genre: Aventures , Krimi
Année: 1963
Pays d'origine: Allemagne (RFA)
Réalisateur: Franz Josef Gottlieb
Casting:
Joachim Fuchsberger, Brigitte Grothum, Pinkas Braun, Eddi Arent, Werner Peters, Doris Kirchner, Charles Regnier, Fritz Tillmann...
Aka: La malédiction du serpent jaune / The Curse of the Yellow Snake
 

Ah, la Chine mystérieuse et millénaire, ses jeunes filles aux cheveux soyeux et aux extrémités fines, aux regards profonds et aux yeux étroits et resserrés, entre autres parties de leurs anatomies !

Enfin bref : deux Chinois en poignardent un troisième la nuit devant la pagode du jardin botanique de Berlin (ou devant un tombeau antique situé dans le jardin d'une riche propriété de Hong Kong d'après la scénariste) pour s'emparer d'un serpent en stuc avant de se faire tataner par Joachim Fuchsberger qui s'accapare le bibelot, très laid au demeurant. Ledit bibelot est en fait le "serpent jaune" qui donne à son possesseur le pouvoir de la Chine (admirez la portée métaphorique du nom, absolument pas raciste) soit concrètement, l'invincibilité de ses armées (au possesseur pas à la Chine) pour tout conflit commencé le jour du Dragon (faut pas se planter dans son agenda). Bon, je vous passe les détails mais par la suite, Fuchsberger quitte les jardins botaniques de Dahlem pour les studios de la CCC à Spandau, ou Hong Kong pour Londres d'après la scénariste, mais dans les deux cas, il va vers l'ouest...

 

 

Si 1961 fut quantitativement l'apogée des Edgar-Wallace-Filme de la Rialto (avec pas moins de cinq sorties), et si en 1962 on atteindra qualitativement le zénith du genre (ceci étant un avis personnel et donc totalement subjectif), 1963 sera l'acmé des Krimis non officiels (en se limitant aux adaptations d'Edgar Wallace, à celle de Louis Weinert Wilton et aux films estampillés Bryan Edgar Wallace, on compte 4 productions de la CCC et 4 coproductions impliquant la Constantin-Film, pour seulement 3 films Rialto). On conclura de la phrase précédente que, d'une part, l'auteur de ces lignes aime bien faire étalage de son vocabulaire quitte à paraître pédant, d'autre part qu'il est donc normal que le premier Krimi sorti en cette année 1963 ne soit pas un Edgar-Wallace-Filme Rialto. Mais attention, bien que ce soit une production CCC, La Vengeance du serpent jaune est bien une adaptation d'Edgar Wallace, d'ailleurs Artur Brauner (le directeur de la CCC) as mis le paquet pour que le spectateur s'en rende bien compte dès le générique : lettrage en rouge comme à la Rialto (et accessoirement logo de la Constantin-Film en ouverture du métrage), célèbre enregistrement de la voix d'Edgar en fond sonore ("Hallo! Hier spricht ma pomme") et surtout, surtout... Eddi Arent au générique. Eddi Arent, le marqueur ultime d'un vrai Edgar-Wallace-Filme pour le spectateur allemand de l'époque. A ceci s'ajoute le plus récurent des héros de Krimi, Joachim Fuchsberger, à nouveau en couple (pour la troisième et dernière fois) avec Brigitte Grothum comme dans Le Requin harponne Scotland Yard, le plus récent et plus grand succès du genre, et le duo antagoniste Pinkas Braun-Werner Peters, très souvent associé dans les films allemands des années 60.

 

 

Pour obtenir ce casting, et surtout que le film soit distribué par la Constantin-Film avec une sortie programmée pour ne pas entrer en concurrence avec celle des Krimis Rialto, Brauner a dû se montrer diplomate et patient. En effet, Brauner était l'un des deux seuls possesseurs des droits d'adaptation d'un roman policier d'Edgar Wallace (pour en savoir plus sur le second possesseur, voir la critique du Vengeur défie Scotland Yard) quand Preben Philipsen acheta tous les droits disponibles en 1959. En fait, deux facteurs permirent à Artur Brauner d'obtenir ce résultat, d'abord le relâchement des liens entre la Constantin-Film et la Rialto avec l'arrivée à la tête de cette dernière d'Horst Wendlandt (et dès 1962 la Constantin-Film se mit à distribuer et coproduire ses propres versions de Krimi avec le premier des Weinert-Wilton-Filme), ensuite l'expérience l'année précédente de la concurrence frontale entre un Krimi Rialto (L'Orchidée rouge) et un ersatz de la CCC (Le Secret des valises noires) sortis à quelques jours d'intervalle, ce qui eut pour conséquence de diviser par deux les recettes prévues.
A vrai dire, au départ, Brauner se serait contenté d'une distribution par la Constantin-Film dans un créneau préservé et de la présence du seul Arent (le marqueur ultime, etc.) mais les circonstances ont fait que la CCC put bénéficier d'un casting fleurant bon le Krimi Rialto.

 

 

Etaient initialement prévus : Lex Barker à la place de Joachim Fuchsberger, Senta Berger à celle de Brigitte Grothum et Christopher Lee à la place de Pinkas Braun : un casting peut être plus prestigieux mais beaucoup moins orienté Krimi. Si le film avait été interprété par ce casting, cela n'aurait peut-être pas changé grand-chose à la qualité du métrage, mais ça aurait au moins eu le mérite de ne pas tromper le spectateur, car une fois passé le générique très "Krimesque" celui-ci se retrouve devant...

Et là une petite "parenthèse" pour entretenir le suspense : dans mes précédentes critiques de Krimi j'ai écrit à de nombreuses reprises que les romans d'Edgar Wallace se ressemblaient tous, avec toujours la même intrigue agrémentée de quelques variations purement cosmétiques (le nom du héros et même parfois la couleur de cheveux de la jeune fille en détresse dans les cas les plus extrêmes). Et bien j'avais tort, ce sont les intrigues policières concoctées par Edgar Wallace qui sont toujours identiques, mais parfois, sous couvert de polar, Wallace nous pond un roman d'aventures et là l'Edgar sait faire preuve d'originalité (pour lui s'entend) et n'hésite pas à servir à ses lecteurs du sous Sax Rohmer. Fin de la parenthèse.

Le spectateur se retrouve donc devant... une aventure de Fu Manchu mais dans un cadre réaliste. Bon, on peut penser ce qu'on veut des Fu Manchu du milieu des années 60 (coproduits par la Constantin-Film d'ailleurs) avec Christopher Lee mais ceux-ci ont un aspect fantastico-kitch à l'euro-spy qui fait accepter bien des choses à commencer par le racisme latent de l'oeuvre littéraire adaptée.

 

 

Or là, on a transplanté une intrigue des années 20 dans le monde contemporain sans en moderniser les tenants et les aboutissants et sans y apporter la moindre distanciation. Nous avons donc, en lieu et place d'un Krimi, un serial d'aventure de l'entre-deux-guerres avec un Mc Gufin grotesque, le serpent jaune du titre, que le héros (Joachim Fuchsberger) et son demi-frère demi-asiatique et demi-maléfique (Pinkas Braun) vont se disputer (avec accessoirement l'héroïne) durant tout le film. Seul aspect réellement "Krimesque", Eddi Arent fait du Eddi Arent, les fans apprécieront, les autres moins car il n'est pas ici des plus inspirés. Mais le pire restant la prestation, ou plutôt le maquillage, de Pinkas Braun : si physiquement Braun n'est pas plus crédible en Asiatique que par exemple Manuel Valls en représentant de la gauche, ce n'est pas en soi dramatique dans la mesure où il joue un Eurasien (bon, il n'est pas non plus très crédible en fils de Fritz Tillmann, pour en rester à sa moitié "européenne"). Ce qui est dramatique par contre, c'est que l'on voit en permanence les adhésifs lui étirant les yeux et qu'il est donc très difficile, même avec la meilleure volonté du monde et malgré la sobriété de jeu de Pinkas Braun, d'arriver à le prendre au sérieux. Je n'insisterai pas trop sur les autres acteurs plutôt bons dans des rôles peu intéressants, si ce n'est pour dire que Brigitte Grothum n'avait définitivement plus l'âge pour incarner une jeune fille de 18 ans et que la propension de Joachim Fuchsberger à nous imposer des passes de judo (de loin "l'art martial" le moins spectaculaire et ciné-génique) à chaque bagarre n’aide pas à dynamiser le métrage.

 

 

Le scénario de La Vengeance du serpent jaune, nous le devons à une des très rares scénaristes féminines (ce qui peut paraître assez surprenant vu le rôle réservé dans le présent film aux personnages féminins) de Krimi, Janne Furch, ce sera d'ailleurs son unique expérience dans ce domaine. Jeune actrice dans les années 30, lassée d'être cantonné dans des petits rôles de blonde idiote, Janne Furch se reconvertira très tôt dans l'écriture en se spécialisant dans les Heimat-Films et les adaptations de comédies musicales, celles des romans d'Edgar Wallace n'entraient manifestement pas dans son domaine de compétence.

Le jeune metteur en scène, Franz Joseph Gottlieb, reviendra lui plusieurs fois au Krimi, y compris Rialto. Il est d'ailleurs, avec Harald Reinl, le seul réalisateur à avoir tourné à la fois des Edgar-Wallace-Filme, des Bryan-Edgar-Wallace-Filme et des Weinert-Wilton-Filme. Bien plus que son talent, c'est sa capacité à respecter les plannings et à ne pas dépasser les budgets qui séduisit les producteurs et en particulier Artur Brauner. Ici, il ne se permet d'ailleurs qu'une seule audace stylistique, enfin disons plutôt un seul mouvement de caméra, une caméra tournant sur son axe (qui lui reste fixe).

De l'audace, il y en a beaucoup plus dans la bande originale cosignée par Oskar Sala et Raimund Rosenberger. Si la partie "instrumentale", due à Rosenberger n'a rien de particulièrement remarquable, difficile par contre de ne pas remarquer la partie électronique, oeuvre d'Oskar Sala et interprétée sur un instrument de son invention, le Mixtur-Trautonium, ancêtre du synthétiseur. Si, décalage temporel aidant, les sonorités du Mixtur-Trautonium ont acquis une patine rétro-futuriste, Il faut reconnaître qu'elles sont tout sauf mélodieuses et deviennent rapidement pénibles. Comme l'ensemble du film en fait.

 

 

Sigtuna

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