Main noire, La
Titre original: La mano nera
Genre: Polar , Espionnage
Année: 1968
Pays d'origine: France / Italie
Réalisateur: Max Pécas
Casting:
Jean Topart, Giuseppe Mattei, Janine Reynaud, Chantal Nobel, Anny Nelsen, Alfred Baillou...
Aka: Die Sexsklavinnen von Schloss Porno / Caresses amoureuses
 

Il se passe d'étranges choses au-delà des grilles d'un château censées abriter un "Institut scientifique de recherches pour une société nouvelle". A d'autres, me direz-vous, et vous aurez bien raison d'avoir des doutes puisque derrière cette appellation un rien pompeuse, la propriété dissimule une organisation criminelle baptisée la Main noire.
Son leader, Zhan Raur, est un fou mégalomane aux cheveux blancs souffrant d'une maladie cardiaque. Il vit dans ce château avec sa maîtresse, Mafalda, et ses deux prétendues nièces, la brune et ambitieuse Eléonore ainsi que la blonde et manifestement folle Albane. Enfin, il y a Ferenzari, fidèle bras droit de Zhan Rhaur, chargé de la sécurité avec une escorte de porte-flingues.

 

 

Le chef de la Main noire attend un certain Varga, qui doit lui remettre des matrices pour imprimer de la fausse monnaie. Mais celui-ci a été intercepté et liquidé en chemin par Thomas Asher, un agent du FBI. Asher se rend dans le repaire de la Main noire en se faisant passer pour Varga. Il prend un risque considérable dans la mesure où lui-même a été victime d'une embuscade et assommé par Ferenzari avant de parvenir au château. L'agent du FBI a peu de chances de neutraliser Zhan Raur, mais c'est sans compter avec l'aide inattendue du triumvirat féminin, dont chacune des alliées agit pour des motifs différents.

 

 

Nous éliminerons tous ceux qui se mettront en travers de notre route. Le monde commence à s'intéresser à la Main noire, il va apprendre à la redouter maintenant. Autrefois, nous avons fait des erreurs. Nous n'en commettrons plus, car nous savons que nous sommes des géants. Autrefois, nous proposions le monde à des nains ; les nains ne peuvent suivre les géants. Il faut que l'eau leur monte au ras du cou pour que les nains comprennent, pour qu'ils acceptent, pour qu'ils revendiquent la violence.

Voilà l'une des nombreuses tirades énoncées par Jean Topart avec tout le génie qu'on lui connaît. Homme de théâtre, de télévision et de cinéma, il travailla également en tant que narrateur et doubleur, grâce à son timbre de voix si particulier et son élocution hors du commun. Il endosse ici le personnage du grand méchant (Zhan Raur) avec maestria, enchaînant monologues et répliques mémorables. On ne pouvait rêver meilleur fou mégalomane, et chacune de ses interventions à l'écran s'avère jubilatoire pour le spectateur averti.

 

 

Max Pécas a été bien inspiré d'engager Jean Topart car pour le reste, on ne peut pas dire que La main noire brille de mille éclats, notamment en ce qui concerne le jeu de ses autres acteurs. Toutefois, le film conserve le charme des bandes dessinées pour adultes de l'époque, ou des romans photos affriolants. Nous sommes à la fin des sixties, et le réalisateur conclut en quelque sorte sa première décennie (entamée en 1960 avec "Le cercle vicieux") marquée sous le sceau du polar sexy, avant de s'engager ouvertement durant la décennie suivante vers un érotisme plus explicite.

 

Si La main noire reste encore à la lisière de l'érotisme, il s'en dégage pourtant une sensualité de presque tous les instants grâce à son casting féminin. Janine Reynaud (Sadisterotica, "La queue du scorpion"), tout d'abord, incarne Mafalda la maîtresse de Zhan Raur. Regard de braise, tenues vestimentaires osées et poses suggestives caractérisent Mafalda, avec en point d'orgue cette scène de séduction envers l'agent du FBI où elle se roule par terre devant lui telle une chatte en chaleur. L’œil mi-clos, elle tend son bras vers le mâle, appel désespéré au désir de la chair. Chantal Bonneau, ensuite, interprète Eleonore, femme dominatrice qui se livre à des jeux saphiques à tendance sado-maso avec sa "cousine" Albane (Anny Nelsen, à la courte carrière mais vue dans "Jules et Jim"). Chantal Bonneau est le nom véritable de Chantal Nobel, révélée par le feuilleton "Châteauvallon" et qui fit malgré elle la une des journaux suite à l'accident de voiture dont elle fut victime et qui la laissa lourdement handicapée (accident causé par le chanteur Sacha Distel). Une tragédie qui l'empêchera de poursuivre sa carrière d'actrice. C'est dans le film de Pécas qu'elle débutait dans le métier, et même si son jeu était encore largement perfectible, elle crevait déjà l'écran grâce à son charisme et sa magnifique plastique. Enfin, notons la présence (assez brève malheureusement) de Doris Thomas (Les Démons, "Les expériences érotiques de Frankenstein") lors d'un passage mémorable où elle est violentée dans un garage par un nain pervers (campé par l'excellent Alfred Baillou : Morgane et ses nymphes, Plaisir à trois).

 

 

Si l'on excepte Jean Topart et Alfred Baillou, le reste du casting masculin n'est malheureusement pas au même niveau. Le plus regrettable est que le rôle dévolu au "héros" du film, l'agent du FBI Asher, a été confié à James Harris. Derrière ce pseudonyme se cache l'acteur italien Giuseppe Mattei, au jeu particulièrement médiocre et au regard inexpressif. On a pu le voir essentiellement dans des seconds rôles, notamment des péplums, plusieurs volets du Commissaire X, le giallo Il fiore dai petali d'acciaio ou encore La louve sanguinaire.
Non seulement il joue comme un pied, mais en plus il incarne un espion constamment à côté de la plaque, ce qui ne contribue pas à le rendre sympathique.

 

De l'autre côté de la caméra, on a par contre le plaisir de retrouver Jean-Pierre Bastid à l'écriture, co-scénariste du film avec Pécas. Ecrivain, réalisateur et scénariste, Bastid est également un engagé politique. Trublion du cinéma, il fut un complice de Jean-Patrick Manchette, lui aussi écrivain et scénariste pour le cinéma (pour Pécas, entre autres).
Parmi les longs métrages réalisés par Jean-Pierre Bastid figurent "Massacre pour une orgie", "Salut les copines" et "Hallucinations sadiques", qui mériteraient d'être exhumés par un éditeur.

 

 

Que retenir finalement de La Main noire ? Que malgré tous ses défauts, c'est l'occasion d'y croiser des personnages hauts en couleurs et des situations farfelues ; d'y voir aussi Max Pécas s'essayer à des angles de vue bizarroïdes, jouer avec des filtres bleus, vert, orange ou sépia ; ou d'écouter un thème musical yé-yé nous replongeant dans une ambiance "Salut les copains". La main noire est un film d'espionnage atypique, dont le jeu "désincarné" de la plupart des protagonistes et l'érotisme sous-jacent de ses personnages féminins rappellent les polars de José Bénazéraf de cette même période (Le concerto de la peur, L'enfer sur la plage). Finalement, cette histoire abracadabrante enchaînant les situations rocambolesques est sauvée par son côté subversif. Car, on ne peut le nier, qui ne serait pas perturbé par les tirades démentielles de Jean Topart ? A lui seul, en effet, il parvient à faire oublier l'incohérence générale qui règne dans le film... ou presque !
Mais rien que pour sa prestation, et la beauté éclatante de Chantal Nobel, La Main noire possède quelques arguments pour tout amateur de cinéma populaire.

 

Flint

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