Appels au meurtre
Titre original: Eyes of a stranger
Genre: Thriller
Année: 1981
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Ken Wiederhorn
Casting:
Lauren Tewes, Jennifer Jason Leigh, John DiSanti, Peter DuPre...
 

Début de carrière diversifié pour Ken Wiederhorn : après un premier film ouvertement horrifique, le fameux Commando des Morts-Vivants avec Peter Cushing, après un second film (King Frat) sous le signe de la comédie à toute berzingue, le voici qui s'immerge dans le thriller mi-Maniac mi-De Palma. Reprenant John DiSanti, l'anonyme tête d'affiche de son précédent film, il lance également dans le grand bain l'alors toute frêle Jennifer Jason Leigh, qui s'était jusque là contentée de vague apparitions non créditées au cinéma, de petits rôles dans des séries télévisées ou de téléfilms aujourd'hui tombés dans l'oubli. Enfin, en guise de personnage principal, il réussit à s'attacher les services de Lauren Tewes, fière matelotte de La Croisière s'amuse qui se met ici dans la peau de Jane Harris, journaliste perturbée par la présence en ville d'un tueur obsédé sexuel sévissant la nuit venue sur des femmes aussi aguichantes qu'esseulées. Jane est particulièrement sensible à ce genre de loustics : sa jeune soeur Tracy (Jennifer Jason Leigh), sourde, muette et aveugle depuis l'agression pédophile dont elle fut victime dans son enfance, vit seule dans un vaste appartement. Inquiète, Jane multipliera les visites à sa cadette. Au cours de l'une d'elles, la journaliste sera témoin du comportement étrange d'un voisin, Stanley Herbert (John DiSanti), qu'elle identifiera immédiatement comme étant le tueur. Guère aidée par son petit ami David, avocat jugeant ses suspicions nulles et non avenues, Jane traquera le voisin de sa soeur, esperant le pousser ainsi à l'erreur.

 

 

Parfois catalogué sous l'étiquette de slasher, le film de Wiederhorn n'a pourtant pas grand chose à voir avec les méfaits des trucideurs d'adolescents il est vrai légion dans les années suivant la réussite commerciale de l'Halloween de John Carpenter ou du Vendredi 13 de Sean S. Cunningham. Ces films, fondés il est vrai sur les cendres du cinéma de Hitchcock et des gialli italiens, reposent tout entiers sur un schéma largement balisé par la claire présence d'une héroïne (plus rarement un héros) appelée à survivre et de personnages secondaires qu'un criant manque de caractérisation désigne illico comme de futures victimes. Appel au meurtre, tout comme "Maniac" avant lui, rompt clairement avec ce postulat pour ne réduire son casting qu'à deux vraies possibles victimes, les soeurs Harris, toutes les autres victimes restant inconnues du public jusqu'à ce qu'elles tombent dans l'oeil du tueur, qui s'en ira alors les persécuter avec sadisme (et au téléphone, comme un clin d'oeil au superbe "Black Christmas" de Bob Clark) jusqu'au viol et au meurtre. Mieux : loin d'être au départ menacées par le psychopathe, ce sont les initiatives hasardeuses de Jane qui mettront les soeurs en danger. Ce procédé, à des lieues des malédictions ancêstrales ou du simple "pas de bol" dont sont victimes les personnages de slashers, n'est pas sans faire penser au cinéma de Brian De Palma période "Pulsions" et "Blow Out". Soit un cinéma à l'ancienne, du thriller hitchcockien mis en scène avec un maniérisme moderne auquel Wiederhorn se réfère beaucoup dans sa gestion du suspense. Réduisant son scenario au strict minimum (pas de conspirations complexes, à la différence des gialli), n'entretenant même pas le doute quand à l'indentité du tueur, le réalisateur n'utilise les divers rebondissements de l'intrigue (les persecutions des victimes, la visite de Jane dans l'appartement de Stanley Herbert, la prise de conscience de celui-ci d'être espionné...) que comme des moyens de parvenir à la création d'une tension ne se relâchant qu'à de rares occasions, parfois pour marquer une fausse trève précédant une reprise encore plus intense. Se concentrant donc uniquement sur cet objectif (la présence d'un personnage de muette aveugle et sourde le montre bien), le réalisateur se montre très inspiré, utilisant les recettes classiques mais toujours efficaces, qu'on pourrait en gros résumer à une phrase attribuée à Alfred Hitchcock : "Si vous voyez un homme arriver derrière un innocent avec une arme à la main, vous en savez plus que l'innocent, et ça crée le suspense." Une formule concise, qu'il convient encore d'illustrer avec un minimum de maîtrise. Et Wiederhorn n'en manque ici justement pas : jouant abilement entre une très belle musique d'angoisse et des plages de silence pesantes, ayant recours à de lents travellings voyeurs, utilisant le montage comme ingrédient essentiel du suspense (notamment lors des scènes où deux personnages sont appelées à se rencontrer fortuitement), il se montre particulièrement appliqué à défaut d'être révolutionnaire. Le même soin est donné aux éclairages et aux décors, généralement sombres et sinistres dans les scènes d'intérieur, voire quelque peu crapoteux lorsque le tueur écume les bas fonds de la ville.

 

 

Une évidente référence à "Maniac", autre "thriller urbain" particulièrement glauque, auquel Appel au meurtre emprunte des meurtres particulièrement violents tels qu'une décapitation (conçue par Tom Savini, qui officiait déjà dans le film de William Lustig) ainsi que le look de quadragénaire bedonnant d'un tueur dissimulant au mieux ses penchants maniaques. Le sexe, sauvage et tout sauf passionné, s'y fait également remarquer avec ces viols plutôt crus venant parachever l'atmosphère plutôt empoisonnée d'un métrage homogène.
Affirmer qu'Appel au meurtre s'élève au niveau de ses nobles influences serait faire preuve d'un enthousiasme un peu exagéré. Disons qu'il s'agit d'un thriller violent plus solide que la moyenne, conçu par un réalisateur qui malheureusement n'eut plus guère l'occasion de s'illustrer ailleurs qu'à la télévision (21 Jump Street, Les Cauchemars de Freddy..). Parmis les rares films destinés au cinéma qu'il réalisera par la suite, notons tout de même un Retour des Morts-Vivants 2 tenant plus du grand-guignol pubère que du film d'horreur pur et dur.

 

 

Note : 6/10

 

Walter Paisley
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