Journal de nuit
Titre original: Random Acts of senseless violence
Genre: Anticipation , Science-fiction
Année: 1993
Pays d'origine: Etats-Unis
Editeur: Denoel
Collection: Présence du Futur
Auteur: Jack Womack
Traducteur:
Emmanuel Jouane
Sortie VO: 1993
Illustrateur: Philippe Gauckler
 

Des dystopies, des futur pessimistes, des anticipations défaitistes, la science-fiction a su nous en proposer un grand nombre depuis le Nous Autre de Eugène Zamiatine et le 1984 de Georges Orwell, des bonnes et des mauvaises, des crédibles et même des complètement improbables. Mais celle qui nous occupe aujourd'hui à une particularité, elle est racontée du point de vue de Lola, une jeune fille, à peine une adolescente, qui va nous raconter sa vie dans un futur désenchanté à travers son journal intime.
Il n'y aura donc pas d'analyse politique ou économique pointue, pas d'explication de pourquoi le monde tourne mal,  même si on trouve tout de même un peu de tout cela dans ce roman, mais seulement en arrière-plan, un arrière-plan qui va vite devenir une réalité pour la pauvre Lola qui va se retrouver à passer des milieux huppés à des bas-fonds moins fréquentables, véritable métaphore d'un descente en enfer, le témoignage d'un destin assez effrayant.
Lola est donc une jeune fille assez ordinaire, plutôt gâtée par ses parents et énervée par sa petite soeur, une adolescente sérieuse et obéissante durant les cours, toujours pressée d'être au week-end et désireuse de pouvoir se promener avec ses copines et qui cherche à éviter les stupides garçons. Mais une crise touche tout le monde et elle va devoir déménager, changer de quartier parce que ses parents sont à sec. Et l'horreur va commencer...

Autant commencer par ce qui paraît être le principal défaut de ce livre: tous les malheurs qui s'abattent sur l'héroïne. C'est simple, on a l'impression que l'auteur n'en oublie aucun et qu'il a consciencieusement fait attention à ce qu'il y soit tous. C'est un peu lourd mais ça sert finalement toute l'histoire de Lola et sa lente transformation, il va lui faire subir un véritable chemin de croix et s'il lui laisse parfois quelques espoirs, c'est pour mieux la faire sombrer après.
Car de gentille fille modèle, elle va progressivement s'enfoncer dans la solitude avec un père exploité par son patron, une mère de plus en plus dépendante aux médicaments et une petite soeur de plus en plus amorphe. Devenant une adolescente rebelle et peut-être pire. A l'instar du monde qui l'entoure, elle subit une longue mue, une mue qui donnera naissance à quelque chose de tragique, de dramatique et de terrible.
Et l'auteur sait utiliser les mots pour cela, le langage et l'écriture de l'héroïne évoluant en même temps que sa personnalité. D'une écriture enfantine et maîtrisée, on va se retrouver avec une écriture pleine de jurons à la ponctuation chaotique, en passant par de longues pages de désespoir et de tristesse, des pages de colère et d'autres d'indignation qui nous montrent un monde où il ne fait pas bon vivre, même si le problème semble être qu'on y vit déjà un peu justement.

Car l'anticipation n'est pas forcément lointaine dans Journal de Nuit, une crise économique qui n'en finit pas, une mécontentement qui gronde, des soldats à tous les coins de rue. Tout ça ne semble finalement pas si lointain et parfois même très proche. La chute d'Anne et de sa famille pourrait être la nôtre, ce qui n'en rend le roman que plus fort et donc plus captivant, on attend avec frayeur le moment où tout va éclater.
On est ici plus dans une SF à la John Brunner ou à la Norman Spinrad, de celle qui met des coups pour nous alerter, nous prévenir où l'on va, de celle qui ne cherche pas à ménager le lecteur avec des futurs bienheureux. Si vous voulez du bonheur, Journal de Nuit n'est pas fait pour vous, c'est un récit dur et poignant qui ne laisse pas indemne, qui nous conte une longue déchéance sous la forme d'un témoignage émouvant.
Journal de nuit se révèle donc un grand roman d'anticipation, une petite pépite comme seule la SF sait en produire, une tranche de vie où l'anticipation n'est là qu'en filigrane pour planter un décor, un décor qui servira à nous raconter une tragédie qu'on poursuivra jusqu'au bout, en espérant un happy-end qui n'arrivera pas, l'auteur préférant terminer son roman en mettant une dernière claque aux lecteurs qui s'y seront aventurés.

Note : 8/10

 

Stegg

 

A propos de ce roman :

 

- Site de l'éditeur : http://www.denoel.fr/

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