Die Screaming Marianne
Genre: Thriller
Année: 1971
Pays d'origine: Royaume-Uni
Réalisateur: Pete Walker
Casting:
Susan George, Barry Evans, Christopher Sandford, Judy Huxtable, Leo Genn, Kenneth Hendel...
Aka: Die, Beautiful Marianne
 

Pourchassée par deux gangsters pour d'obscures raisons, Marianne McDonald (Susan George), qui travaille alors comme danseuse dans un cabaret, se tire vite fait bien fait de la villa familiale qu'elle squatte au Portugal. Dans sa fuite, elle rencontre Sebastian (Christopher Sandford) alors au volant de sa voiture et qui manque de la renverser. Celui-ci comprend que Marianne est pourchassée. Il lui propose de venir vivre à Londres avec lui, là où elle sera logiquement à l'abri. Pour plus de sûreté, il lui propose de se marier. Cependant, sa manière de faire est loin de la rassurer ; il lui fait qui plus est sans cesse miroiter un danger imminent, à la limite du chantage, ce pour la convaincre ou, peut-être, la contraindre. Marianne utilise alors Eli (Barry Evans), le meilleur ami de Sebastian, comme argument afin de se défaire du joug de ce dernier.
Un peu plus tard, elle est rattrapée dans sa fuite, tandis que Sebastian est retenu prisonnier, interrogé, hésitant alors entre les deux camps, tandis qu'Eli est à son tour molesté. On apprend ensuite les raisons de tout ce cirque : un compte en Suisse, ainsi que des dossiers compromettants, appartenant à son père (Leo Genn) que ce dernier tient à tout prix à récupérer, alors que la part d'héritage conséquent qui revient à Marianne après le décès de sa mère est convoitée jusqu'à la mort par sa demi-sœur (Judy Huxtable). On comprend aussi pourquoi la jolie Marianne est toujours sur le qui-vive en plus d'être prête, d'où qu'elle se trouve, à prendre la poudre d'escampette...

 

 

Mieux connu et plus reconnu pour les quelques thrillers et horrifiques parfois aussi singuliers que mystérieux ("Frigtmare", Schizo, "Hallucinations"), "Die Screaming Marianne" est le quatrième film de Pete Walker, après un récit criminel ("The Big Switch" en 1968), une comédie polissonne ("L'école du sexe" en 1969) ainsi qu'un thriller lui aussi plutôt mystérieux, "Man of Violence", tourné juste avant.
Ici, passé un superbe générique sur fond rouge, dans lequel Susan George se déhanche avec grand art faisant craquer braguettes, le film a de quoi décontenancer les amateurs de récits fluides. Die Screaming Marianne se montre d'entrée plus énigmatique que propre à donner des sueurs froides, tout du moins dans sa première partie. Celui-ci est assez proche de certains films de Peter Collinson, La nuit des alligators pour le plus évident. Décalé et tout aussi flou dans la direction qu'il compte prendre, le film de Pete Walker a l'avantage sur celui de son compatriote d'évoluer en plein air, évitant ainsi une théâtralisation qui parfois le guette, en plus de céder (pour le pire et le meilleur, ainsi que pour allier l'utile à l'agréable) à nous balader un long moment dans les décors chatoyants du Swinging London. La mise en place semble parfois laborieuse, les intentions des personnages restent à la fois floues et ambiguës ; aucun doute là-dessus, nous évoluons en plein thriller sur un mode patchwork, dont les raisons nous échappent. A cela, on rajoutera que le tout est mené sur un rythme qu'on qualifiera de désinvolte.

 

 

Là-dessus et à mi-parcours, fort heureusement la violence rattrape le film, les desseins s'étalent au grand jour et les mystères s'éclaircissent. Autant dire qu'entre-temps Die Screaming Marianne en aura laissé plus d'un en bordure de route. Une déception qui pourra paraître compréhensible, puisque, contrairement à ce que son titre indique, le film ne semble pas vouloir offrir à son spectateur le frisson escompté. Dommage, car à bien y regarder, le scénario écrit par l'un des inséparables du réalisateur, Murray Smith, s'avère au final mieux agencé qu'il n'y paraît de prime abord. Et si le film pêche parfois, c'est davantage par une mise en scène quelque peu atone quand elle ne se fait pas confuse ou cédant à la nonchalance. Quoi qu'il en soit, l'arrivée à l'écran de Judy Huxtable ("Lâchez les monstres", ici en sosie de Ziggy Stardust) parvient à dynamiser une pellicule dont on s'impatientait d'en connaître véritablement les tenants et les aboutissants. L'air complètement déglinguée, elle est la présence la plus menaçante que ce que Die Screaming Marianne, en terme de thriller, a à offrir. Leo Genn, dans le rôle d'un père comptant récupérer ses informations compromettantes précieuses mais soucieux de garder sa fille Marianne intacte, est quant à lui convaincant bien que peu effrayant.
On peut également parler, en plus d'un certain humour décalé, de drame entre deux demi-soeurs dont la jalousie de l'une atteint des sommets de déliquescence morale. Quant aux deux jeunes londoniens, Barry Evans (aperçu dans  Alfred le grand, vainqueur des vikings) est confondant de sobriété et de naturel dans un rôle de naïf romantique, tandis que Christopher Sandford (que Pete Walker réembauchera pour "Cool It Carol!") oscille entre sournoiserie et dépassement par les événements.

 

 

Malgré ces présences malignes et plutôt consistantes, Susan George reste celle qui porte le film sur ses épaules. Quasi de tous les plans, même dans sa partie touristico-road movie, celle-ci parvient à donner corps à un personnage doté d'une palette de sentiments non dénuée de quelques ingénieuses manipulations et insoupçonnées perversités. Rajoutons à cela quelques éclairs de violence bienvenus, surgissant de nulle part au sein d'un long fleuve en apparence tranquille mais constamment empreint d'une sourde inquiétude. C'est du reste cette sensation persistante qui demeure ce qu'il y a de plus réussi dans Die Screaming Marianne.
Si cela peut rassurer, l'amateur de purs thrillers ramassera un peu de monnaie : lorsqu'ici on assassine, on assassine bien, mais salement. Un coup de couteau dans le ventre ne suffit pas. Il faudra le remuer à-même les tripes en plus de s'y reprendre à plusieurs fois pour être sûr de son coup.
A charge cependant : c'est lorsque le film tente de faire la boucle, bradant alors tous ses secrets, qu'il est le plus faible. Ainsi pourra-t-on trouver les dénouements successifs quelque peu tarabiscotés. Pour le reste, le malentendu résidera à le prendre comme un pur thriller ou un film d'horreur alors que pour l'apprécier pleinement, c'est sa part de mystère qu'il faudra faire primer. A cet égard, et sur ces bases, Die Screaming Marianne vaut mieux que sa très modeste réputation et mérite d'être découvert.

 

 

Mallox

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