Morte sospetta di una minorenne
Titre original: Morte sospetta di una minorenne
Genre: Giallo , Poliziesco
Année: 1975
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Sergio Martino
Casting:
Claudio Cassinelli ; Mel Ferrer ; Lia Tanzi ; Gianfranco Barra ; Patrizia Castaldi ; Adolfo Caruso ; Jenny Tamburi ; Carlo Alighiero ; Franco Alpestre ; Fiammetta Baralla ; Barbara Magnolfi
Aka: Suspected Death of a Minor, The Suspicious Death of a Minor, Too Young to Die, A en crever (?)
 

 

À Milan, une jeune fille nommée Marisa est assassinée. Le commissaire Germi, qui l’avait accidentellement rencontrée peu de temps avant sa mort, enquête sur l'affaire. Deux autres jeunes filles seront tuées avant que l’inspecteur ne découvre la vérité.

 

Voici un hybride assez intriguant mixant deux genres typiquement italiens, le poliziotteschi et le giallo.

Le giallo et ses codes de rigueur démarrent réellement en 1964 avec Six Femmes pour l’assassin, véritable cahier des charges où Mario Bava introduit tous les éléments emblématiques du genre : une enquête policière assaisonnée de scènes choquantes (et stylisées) de meurtres, ceux-ci étant commis par un tueur mystérieux psychopathe ganté de noir. Viennent s’ajouter d’autres ingrédients comme une bonne dose d’érotisme, une imagerie léchée et fétichiste. L’ensemble est accompagné d’une musique obsédante et enivrante à forte tendance lounge & groovy. Une recette immuable que chaque réalisateur pourra adapter à loisir et selon ses appétences.

Le poliziottesco, (ou poliziotteschi ou poliziesco ou, plus largement, Eurocrime) est quant à lui apparu à la fin des années 60, début des années 70. Le genre était une sorte d’extension urbaine du western spaghetti et seuls changeaient l’environnement et le contexte politique. Sa thématique repose sur des enquêtes policières où l’action - en première ligne les poursuites en voiture et les fusillades - et la violence prédominent. Cependant, ces fictions véhiculent aussi l’époque et ses troubles sociaux, ceux de la désillusion généralisée régnant alors en Italie. Les gangsters (ou terroristes, selon les bobines) sont la plupart du temps des inadaptés qui n’ont plus aucune notion de bien ou de mal. Quant au système judiciaire et politique, il est corrompu jusqu'au plus haut niveau.

En général et sur ces bases, un policier tente seul de faire bouger les choses en ne s'éloignant jamais de son éthique mais n’hésite cependant jamais à abuser de son pouvoir, de son flingue, bref, à braver la méthode d’un point de vue réglementaire et déontologique.

 

 

Quand on aborde le poliziottesco, on pense surtout à des réalisateurs tels que Fernando Di Leo, Enzo G. Castellari, Umberto Lenzi et Stelvio Massi, ainsi et surtout qu'aux deux acteurs emblématiques du genre : Maurizio Merli et Tomas Milian. Mais on oublie trop souvent de citer le prolifique scénariste Ernesto Gastaldi. À son sujet, précisons qu'il a participé à la grande épopée du western spaghetti en collaborant à quelques classiques du genre (Le Dernier jour de la colère, Texas, ...). Il a aussi fait et fera encore des incursions dans le giallo où il obtient une petite notoriété avec des titres comme L'Adorable corps de Deborah, Si douces si perverses, La Queue du scorpion, Je suis vivant !, L'Étrange vice de Madame Wardh, Toutes les couleurs du vice, L'Homme sans mémoire (auxquels on peut rajouter Libido qu’il a lui-même réalisé en 1965).

 

Luciano Martino (producteur et frère de Sergio) et Ernesto Gastaldi se connaissent depuis les années cinquante. C’est en toute logique que ce dernier lui donne carte blanche pour écrire le scénario d'un poliziottesco, Polices parallèles en action, après quoi il enchaîne avec La Rançon de la peur tout en continuant à travailler sur d'autres genres comme les westerns du moment (Le Grand duel, Mon nom est Personne), un film de course automobile (Troppo Rischio per un uomo solo) ou un pur drame (Anna quel particolare piacere). Gastaldi poursuivra par ailleurs sa longue collaboration avec les Martino jusqu’aux Crime au cimetière étrusque, Alligator, 2019 après la chute de New York, Atomic Cyborg, Casablanca Express, etc.

Sergio Martino commence comme beaucoup de ses confrères par exercer divers postes. Scénariste, directeur photo, réalisateur de seconde équipe ou bien encore directeur de production.

Ses premières réalisations sont des Mondo sans grand intérêt, suivis d’un western spaghetti : Arizona se déchaîne. Heureusement, Sergio change de cap et s’engage dans la voie du giallo, avec Edwige Fenech. S’ensuivent L'Étrange vice de Madame Wardh (1971), La Queue du scorpion (1971) Toutes les couleurs du vice (ou L’Alliance invisible, 1972), et Ton vice est une chambre close dont moi seul ai la clé qui connaissent un certain succès, avant que le réalisateur clôture cette série par le désormais cultisme Torso. Juste après, il retrouve Edwige Fenech pour une sexy comédie, Mademoiselle cuisses longues, puis enchaîne avec une série de polars dont Rue de la violence (Milano trema : la polizia vuole giustizia), Morte sospetta di una minorenne dont il s’agit ici, La Ville accuse (La polizia accusa : il servizio segreto uccide), Le Parfum du diable (La città gioca d'azzardo). Après un chapelet de films d’aventures dont La Montagne du dieu cannibale, Alligator et Le Continent des hommes-poissons, il retrouve brièvement le genre giallo en 1982 avec Crime au cimetière étrusque (à la base une série télé, exploitée ensuite en version écourtée pour le cinéma et, surtout, le marché de la vidéo). Durant les années 80, il alternera comédies (souvent érotiques comme Les Zizis baladeurs) et diverses productions de sous-genre, suivant les modes du moment. Naîtrons ainsi 2019 après la chute de New York ou Atomic Cyborg. À ce jour (nous sommes en 2020, New York n’est pas encore tombé), Martino travaille principalement pour la télévision !

 

Dans le microcosme du cinéma de genre italien, l’acteur Claudio Cassinelli (1938-1985) tient une place particulière. Son entente avec le réalisateur Sergio Martino (six films) fut inaltérable tandis que les circonstances tragiques de sa mort (un accident d’hélicoptère sur le tournage d'Atomic Cyborg) ont achevé d’en faire un acteur trop tôt disparu et, de ce fait, largement regretté.

En début de carrière, après un passage à la télévision, il apparaît dans Flavia la défroquée. Il enchaîne ensuite quelques polars et poliziesco comme La Lame infernale, La Police a les mains liées, Milano violenta, La Mort en sursis, Diamanti sporchi di sangue ainsi que celui qui nous préoccupe ici. Il poursuit son parcours, tourne pour Martino (La Montagne du dieu cannibale, Alligator et Le Continent des hommes-poissons) et apparaît même dans un blockbuster international : Avalanche Express de Mark Robson. On a pu aussi le voir aussi dans Le Lion du désert, Crime au cimetière étrusque, Grog, Hercule, Les Aventures d'Hercule, 2072, Les Mercenaires du futur et Murderock.

Lia Tanzi est quant à elle une actrice polyvalente qui se fit connaître grâce aux comédies grand public et aux comédies érotiques. Elle a également tourné pas moins de cinq poliziottesco : Salvare la faccia, Rue de la violence, Fatevi vivi la polizia non interverrà, Moto massacre et Morte sospetta di una minorenne.

 

Mel Ferrer (1917-2008) fut un acteur très prisé dans les années cinquante avec par exemple Corrida de la peur (1951), Scaramouche (1952), Les Chevaliers de la Table Ronde (1954), mais pour beaucoup, il reste avant tout le mari d’Audrey Hepburn, une union qui dura de 1954 à 1968 et eut des répercussions sur la carrière de l’acteur. En effet, Mel suivit sa femme en Suisse et y resta après leur divorce pour ne pas s’éloigner de son fils. La carrière de Mel prit dès lors une autre tournure et, comme beaucoup, l’Italie (qui se trouve à quelques encablures de la suisse) lui ouvrit les bras.

C’est donc à cette époque qu’il privilégie les productions tournées en Europe. Citons, en vrac, Les Mains d'Orlac (1961), Le Jour le plus long (1961), La Chute de l’empire romain (1968), Brannigan (1975), Mille milliards de dollars (1981) et, en matière de films (de sous-genres) italiens, L'Antéchrist, L'Affaire de la fille au pyjama jaune, Alligator, L’Avion de l’Apocalypse, La Secte des cannibales, Le Visiteur maléfique, etc.

Après le décès d’Audrey Hepburn, Mel Ferrer arrête le cinéma, quitte la Suisse, puis s’installe dans son ranch prés de Santa Barbara.

 

Pour cet opus bâtard de Sergio Martino, Claudio Cassinelli endosse la veste du détective Paolo Germi, inspecteur hors normes cachant, sous ses faux airs d’intello à lunettes, un flic déluré qui infiltre la populace, les voleurs, les prostituées et les mendiants. Autant dire qu’on reste éloigné des policiers à la mâchoire serrée et au regard d’acier interprétés notamment par le moustachu Maurizio Merli. Pour les fans de vigilante, pas de panique, car les mêmes thèmes abordés sont bels et bien présents ici : l'impuissance des autorités, la nécessité de recourir à des moyens plus musclés, la magistrature gangrenée par la politique.

Comme dit en début de papier, pour le scénario, Martino fait donc de nouveau appel à Ernesto Gastaldi avec qui il a déjà collaboré, notamment sur les films déjà cités, eux aussi. Gastaldi suit la route balisée par ses prédécesseurs (dont lui-même), mais étoffe son intrigue et ses dialogues tout en réduisant le nombre de scènes de violence de nudité ; il insère même quelques moment de légèreté, avec, par exemple, les personnages de Gianfranco Barra (plus intéressé par les résultats du loto foot que par l’enquête) ou d’Adolfo Caruso (le bras droit comique et officieux de Cassinelli), sans parler du gag récurrent des lunettes (que je ne dévoilerai pas en ces lignes). Le scénariste tente une sorte de mashup cinématographique avant l’heure, faisant zigzaguer la chose entre le giallo, le poliziotteschi et la comédie, anticipant même à sa manière le courant comique que prendra le néo-polar avec Flics en Jeans (Squadra antiscippo) dans lequel Tomas Millian interprète un policier singulier et farfelu. Un parti-pris osé qui joua à l’époque en défaveur du film, les amateurs de poliziottesco purs et durs trouvant la chose pas suffisamment démonstrative et violente. Idem pour les amateurs de gialli qui lui reprochèrent sa frilosité en matière de meurtres. De fait, cela contribua à ce que les distributeurs étrangers boudent le film, mais selon Encyclociné, il aurait été distribué en France (uniquement en province) sous le titre A en crever !

 

L’intrigue est courante au sein des gialli et des poliziotteschi, elle implique en général des hommes plus âgés, riches, faisant preuve d’un insatiable appétit pour les (très) jeunes filles. De ceux qui pensent évidemment que leur argent et leur pouvoir leur donnent le droit et le pouvoir de faire tout ce qu'ils veulent. Mais quand cela se gâte, il y a toujours un nettoyeur, qui n’hésite pas à faire disparaître les témoins. Dans Morte sospetta di una minorenne, les apparitions du tueur donnent au film ses moments les plus forts, surtout qu’elles sont le plus souvent accompagnées d’une partition largement inspirée par celle de(s) Goblin pour Les Frissons de l’angoisse.

Le film de Sergio Martino, sans être une réussite totale, contient malgré tout de bonnes idées, de celles, parfois surprenantes (deux jeunes qui explosent sur leur mobylette) qui retiennent l’attention. Morte sospetta di una minorenne fut plus tard d’ailleurs largement pillé, notamment par James Glickenhaus qui reprendra la fusillade sur les montagnes russes, mais aussi et surtout par Burt Reynolds et L’Anti-gang (Sharky’s Machine) qui entretient de nombreuses similitudes avec le script de Gastaldi. Toujours est-il qu’il s’agit sans nul doute d’un film à découvrir, ne serait-ce pour l’interprétation sans faille de Claudio Cassinelli…

 

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